La ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a partiellement révisé les projets visant à allonger le délai que les travailleurs étrangers doivent attendre avant d’obtenir le statut de résident permanent au Royaume-Uni. Elle a abandonné la proposition d’une période d’admissibilité de 15 ans pour les travailleurs exerçant des professions ne nécessitant pas un niveau d’études supérieur ou équivalent, mais a maintenu le projet de doubler, de cinq à dix ans, la période habituelle pour la plupart des travailleurs.
L’éditorial du Guardian affirme que ces changements continuent de faire injustement du salaire un facteur déterminant dans le délai au terme duquel les migrants peuvent s’enraciner durablement. Les chiffres du ministère de l’Intérieur cités par l’éditorial indiquent qu’une personne gagnant 41 700 £ apporte, sur l’ensemble de sa vie, une contribution budgétaire similaire à celle d’une personne gagnant 50 271 £, tout en devant attendre cinq ans de plus pour obtenir le statut de résident permanent. Les travailleurs gagnant environ 125 000 £ pourraient, quant à eux, y être admissibles après trois ans.
L’approche révisée concerne les travailleurs du secteur des soins recrutés après la pandémie pour remédier aux pénuries de main-d’œuvre. Les personnes arrivées entre 2022 et 2025, qui remplissent les conditions de leur visa de travailleur dans le secteur des soins et gagnent au moins 25 000 £, pourront toujours demander un permis de séjour à durée indéterminée après cinq ans. Le ministère de l’Intérieur estime que cela pourrait concerner jusqu’à 146 000 travailleurs du secteur des soins et 136 000 personnes à leur charge.
Les personnes qui ne rempliraient pas ces conditions devraient obtenir un autre visa de cinq ans dans le domaine de la santé et de l’aide sociale avant de demander un permis de séjour à durée indéterminée. L’éditorial souligne les inquiétudes concernant l’exploitation dans le secteur des soins, où certains employeurs auraient tiré parti de la situation vulnérable liée au statut de visa des travailleurs migrants, et s’interroge sur la manière dont le gouvernement identifiera les cas où les salaires ont été délibérément maintenus à un niveau bas.
Les propositions établiraient également une distinction entre les demandeurs d’asile selon la manière dont ils sont arrivés au Royaume-Uni. Les personnes admises par des voies « sûres et légales » pourraient obtenir le statut de résident permanent après cinq ans, tandis que celles entrées irrégulièrement par de petites embarcations pourraient devoir attendre jusqu’à 30 ans, même après la reconnaissance de leurs demandes de protection. L’éditorial s’interroge sur l’équité du fait de sanctionner des personnes pour ne pas avoir emprunté des voies auxquelles, selon l’ONU, les réfugiés ne peuvent pas accéder directement pour leur réinstallation au Royaume-Uni.
L’approche plus large de Mahmood ferait dépendre l’accès au statut de résident permanent non seulement de la durée de résidence, mais aussi des impôts payés, de la maîtrise de l’anglais et du comportement des demandeurs. Selon l’éditorial, le Premier ministre a apporté son plein soutien à cette politique, qui risque de créer un système de travailleurs invités dans lequel les migrants comblent les pénuries de main-d’œuvre faiblement rémunérée, tandis que leur appartenance à long terme à la société reste conditionnelle.
Sources: The Guardian Politics.